Jonction Est : un investissement pertinent ?
APCVEB: Projet de Jonction Est
Article | 5 janvier 2025, par
Les élus de Toulouse Métropole s’interrogent sur l’opportunité de créer la Jonction Est, un nouvel échangeur sur la rocade entre le sud de Balma et la cité de l’Espace. Ce projet d’investissement est-il à la hauteur des enjeux de la Métropole ? La communication associée laisse espérer une circulation plus fluide sur les échangeurs voisins et une réduction des temps de transit. Est-ce réaliste ? Et les enjeux sont-ils ceux-là ?
Multiplier les points d’accès à la rocade sans en changer la capacité, c’est simplement précipiter plus vite les automobilistes dans les bouchons. L’accroissement de la métropole s’accompagne principalement d’un flux croissant de périphérie à périphérie, et multiplier les échangeurs ne changera rien à l’accroissement de la circulation, pour lequel le débit de la rocade reste le goulot d’étranglement. En effet, les aménagements du secteur de la Jonction ne se limitent pas à la création d’un échangeur : c’est un vaste programme de construction dans la zone Malpère-Marcaissonne qui va voir le jour simultanément. Quiconque conçoit ce nouvel accès à la rocade comme une solution aux problèmes de transport liés à l’afflux des nouveaux arrivants se trompe lourdement, car le débit de la rocade ne changera pas.
Pour gérer la croissance démographique de Toulouse n’y avait-il pas d’autres pistes à explorer ? Si l’accroissement des flux se situe de périphérie à périphérie, la solution n’est-elle pas dans un maillage plus efficace des transports en commun au-delà de la rocade ? Besoin qui, hélas, n’est même pas pris en compte par la troisième ligne de métro.
Si la Jonction Est ne répond pas aux enjeux de transport qu’elle est supposée résoudre, elle est également anachronique dans son approche. L’évolution du climat nous impose de réduire la circulation automobile : c’est donc bien vers des modes alternatifs qu’il convient d’investir, afin d’offrir une vraie substitution à un mode de déplacement trop polluant et trop consommateur d’espace. Le frein principal à l’usage des transports en commun est aujourd’hui une efficacité trop faible de l’offre (temps trop long, multiples correspondances) – en dehors du strict périmètre de Toulouse intra-muros. C’est donc de ce côté qu’il faut mettre l’effort : étendre l’infrastructure routière ne fait qu’inciter davantage à l’usage de l’automobile.
Il faut également noter que ce projet est en contradiction avec la Trame Verte et Bleue de la Métropole, adoptée par nos mêmes élus. Cette trame identifie explicitement un corridor écologique et une portion de trame bleue au confluent Saune-Hers, précisément là où se situe le projet de Jonction. Pour ouvrir cet échangeur inutile, on va à la fois saccager le milieu naturel d’une rivière – la Saune — et un des rares corridors écologiques du secteur, qui fournit aux grands mammifères un accès à l’eau de l’Hers.
Enfin, rappelons que le voisinage d’Entiore est une des dernières zones de la périphérie de Toulouse où l’on trouve encore de bonnes terres agricoles, en raison notamment des alluvions déposés pendant des siècles par les crues successives de l’Hers. Est-ce sur de telles terres qu’il faut construire routes et immeubles ?
Le projet de Jonction Est n’est pas un investissement pour l’avenir. Pourquoi gâcher notre patrimoine agricole et naturel au profit de réalisations inefficaces en contradiction avec les enjeux planétaires majeurs du moment : la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité ? A l’heure où la France accuse un déficit historique, les citoyens attendent de leurs élus un usage plus pertinent de l’argent public.
Avis défavorable.
A noter
Cet avis a été déposé à l’occasion de l’enquête publique en cours. Déposez vous aussi votre contribution sur le registre d’enquête publique de la métropole jusqu’au 7 janvier 2025. Vous pouvez également consulter l’article détaillant justifiant l’avis défavorable déposé par l’APCVEB.
Projet de Jonction Est
Chaque article et document du