Il ne fait pas bon être un arbre à Balma
APCVEB: Groupe "Territoires"
Article | 21 juin 2020, par
Nos élus semblent plus préoccupés par la conduite de leurs travaux que par la protection de l’environnement. Dès qu’un arbre contrarie un projet, on le coupe. En guise de justification, on remplace le sujet gênant de 50 à 100 ans par une ou deux jeunes pousses de 5 à 10 ans. C’est une vision qui considère l’arbre comme du mobilier urbain, un objet que l’on déplace ou que l’on remplace suivant les modes et les envies.
Un arbre est pourtant bien plus que cela. C’est à lui seul tout un milieu naturel qui, après des dizaines d’années de croissance, accueille toute une population d’insectes et d’oiseaux. Il travaille et consolide le sol en favorisant la présence d’invertébrés, de champignons et de micro-organismes qui ensemble entretiennent la fertilité de la terre et lui confèrent une certaine perméabilité. Ainsi, l’eau sera absorbée en cas de forte pluie, maintenue en période de sécheresse, permettant aux plantes voisines de continuer à s’hydrater.
Un arbre, c’est aussi un feuillage qui ombrage et qui transpire. Cette transpiration nous procure une fraicheur de plus en plus nécessaire alors que le réchauffement climatique s’amplifie. Abattre un arbre, c’est détruire un milieu, c’est augmenter la température en ville, et plus trivialement, c’est aussi retirer du caractère à nos parcs, nos rues ou nos rivières. Alors arrêtons ce gâchis.
De tristes exemples
Lac St Clair - Le curage du lac St Clair a entrainé la disparition de deux arbres de haute tige en bordure du plan d’eau, de toute évidence pour laisser passer les engins du chantier. Mais pourquoi n’ont-ils pas fait le tour pour aborder le lac par une rive dégagée ? Les contraintes n’étaient-elles pas exprimées dans le cahier des charges ? Le chantier était-il suivi correctement ?

Noncesse - En 2009 de fortes pluies et de la grêle ont généré des inondations au voisinage du Noncesse. De fait, cette rivière est busée du village d’entreprises presque jusqu’à sa confluence avec l’Hers. Une enquête publique a eu lieu en vue d’élargir le lit en amont de la buse pour retenir l’eau. Mais cette enquête ne mentionnait pas le massacre des arbres au niveau de la cité Noncesse. Pourquoi ce gâchis ? Et pourquoi surtout, depuis 2009, n’avoir pas envisagé de restaurer progressivement le cours de la rivière à l’air libre ?

A l’endroit où le busage commence, on peine à reconnaitre les lieux tant ils ont été défigurés. Le pin (1) et le muret (2) servent de repère et donnent la mesure du désastre.

Arènes - Le long de l’ancienne rue des jardins, un platane et des peupliers ont dû s’effacer au profit de l’agrandissement des terrains de sport.

Bibliothèque - La place ombragée par trois marronniers et un tilleul, tous présents sur les photos du milieu du siècle dernier, va perdre sa fraicheur et devenir plus minérale. Le marronnier a été délibérément abattu. Quant au tilleul, après l’avoir élagué avec excès et avoir endommagé ses racines au cours des travaux, on a considéré qu’il devenait dangereux et menaçait de tomber ... Une hypocrisie qui consiste à ne pas avouer qu’il gênait le projet architectural.

Rue Pierre Coupeau - Cette rue du cœur de ville perd ses arbres les uns après les autres. L’alignement qui procurait un peu d’ombre et de fraicheur, ainsi que des bancs ou l’on pouvait s’attarder, a simplement disparu. Dans les années 1950, il y avait tout le long de l’avenue une rangée de platanes, eux aussi disparus.

Quelques mètres plus loin, au carrefour de la rue Camille Saint Saens, quelques coupes supplémentaires ...

Rue Rigoulas - Le réaménagement d’un passage piéton fait disparaitre quelques arbres de plus. Etait-ce bien nécessaire ?

Et bien d’autres - On pourrait multiplier les exemples qui hélas ne datent pas d’hier. Citons en vrac les peupliers du boulodrome, ceux de l’ancien hôtel des impôts ou la minéralisation de l’actuelle place de la libération. Ce qui frappe, c’est que rien ne semble arrêter cette logique, qu’aucun lien ne semble avoir été fait entre cette vision de l’aménagement (au sens large, pas seulement en ville) et les problèmes de climat et de biodiversité.
Pour une politique responsable
Il est plus que temps de réconcilier urbanisme et respect de l’environnement. Une ville ne doit pas se construire contre la nature, mais avec elle. Il en va non seulement de notre cadre de vie, mais aussi de notre santé, de la fertilité de nos terres, de la lutte contre la sécheresse et les inondations. Les enjeux sont nombreux et profonds.
Planter à la va vite quelques jeunes arbres, à la veille d’une élection, après avoir passé un mandat à supprimer de vénérables sujets, n’est pas une politique à la hauteur des enjeux.
Avoir une politique d’environnement c’est prendre en compte les lois de la nature ; c’est infléchir sa vision de l’urbanisme pour que les milieux naturels s’y insèrent, soient respectés, et continuent à être reliés par des corridors écologiques ; c’est arrêter de raser tout pour reconstruire autre chose ; c’est considérer et respecter la biodiversité ordinaire et les milieux existants plutôt que de planter artificiellement des espèces étrangères pour "faire joli".
Certes il est plus difficile de composer avec ces facteurs que de les ignorer, tout comme en démocratie, il est plus difficile de dialoguer que de décider seul. Mais c’est seulement à ce prix que nous pourrons espérer avoir une ville qui réponde aux enjeux environnementaux d’aujourd’hui.
Balma sera-t-elle à la hauteur ?
Groupe "Territoires"
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